Le dragage du port

Cette saison de 1987 fut particulièrement sèche. Au début, personne ne s’en souciait car les journées ensoleillées se succédaient à un rythme encourageant et le vent ne semblait pas vouloir s’arrêter. Tant et si bien que vers la mi-août, les plus gros voiliers ne sortaient plus beaucoup car le chenal présentait plusieurs embûches et de nombreuses possibilités d’échouement.

Vers la mi-septembre, seuls quelques petits voiliers et ceux près de la sortie pouvaient oser s’aventurer vers l’extérieur. Le chenal n’était certes pas profond, mais la situation était devenue encore pire à l’intérieur du port. Il était maintenant impossible de se rendre au quai de service, même avec de petits bateaux, sans frapper deux ou trois blocs de roc et de laisser un épais sillon de boue dans son sillage. Le déplacement des plus gros bateaux devait être assisté du bateau de service comme les gros navires par des remorqueurs.

Il faut imaginer l’inquiétude des membres quand, au début d’octobre, la situation n’avait qu’empiré faute de pluie alors qu’il fallait bientôt penser à démâter et se rendre au muret de halage. Une expédition impossible pour la plupart des voiliers.

Il fut donc décidé, après maintes délibérations et demandes de permis de boucher les voies de circulation d’eau avec un ouvrage de remblai et de pomper au moins un pied et demi d’eau du lac dans le port pour, enfin, permettre l’accès aux places vitales du port. Ce fut une décision éclairée car aucune pluie, avec assez d’impact pour hausser le niveau de l’eau, ne s’est matérialisée avant la date fatidique de la sortie de l’eau. Les membres ont donc pu bénéficier d’une dizaine de jours d’accès à la pompe et à la grue afin de préparer leur voilier pour le halage d’automne qui s’est finalement déroulé comme à l’accoutumée.

C’est alors que les administrateurs de l’époque, qui avaient longuement mûri le projet, décidèrent de profiter de la présence des remblais pour vider complètement le port afin d’en permettre son excavation. Un geste généreux qui empêcherait que se renouvelle cette situation cauchemardesque pour les générations à venir.

Brad Wood, trésorier de l’époque assure le conseil que le Club dispose d’un coussin de 10,000$ et qu’un emprunt de 30,000$ suffirait pour combler nos dépenses. C’est la firme Seracino qui s’engage à nous livrer un port de 6 pieds de profondeur avec un muret de halage de beaucoup supérieur à ce que nous avions. Normand St-Aubin, grand ami du Club et parfait meneur de chantiers maritimes, est engagé pour la supervision des travaux qui consiste à transporter le fond du port sur notre terrain pour le faire sécher avec de le transporter vers un autre lieu, puis, à remplir le port d’eau avant de débarrasser les entrées de leur remblai. Le tout se déroule comme prévu dans beaucoup plus que la cinquantaine d’heures prévues à cause du temps très froid qui cause bien des bris et des retards. Il faut alors faire face à des imprévus et des frais supplémentaires considérables pour renforcer les remblais à cause d’un crue soudaine, profiter de l’étiage pour consolider notre mur et pour bâtir une solide rampe et surtout pour se débarrasser des 400 « voyages « de boue accumulée. Ce n’est que l’année suivante que nous avons pu transporter cette terre considérée comme « nocive «, vers un site d’enfouissement. Nous n’avons pu qu’en récupérer 300, sans doute à cause de l’évaporation, du gel et de quelques gros cailloux que nous avons conservés.

Le total des dépenses se chiffre à 55,000$ ce qui est énorme pour l’époque. Pour financer le contrat, des membres s’offrent à nous avancer les montants requis qui nous font défaut. Cet emprunt est de courte durée, car tous les membres sont prêts, sans discussion, à faire leur part et à débourser 300$ chacun immédiatement et d’augmenter les frais d’adhésion d’autant. Ce qui explique que la cotisation de cette époque a grimpé subitement à 750.00$ dès l’année suivante, mais toujours en échange d’un port adéquat pour des années à venir. Nous avons pu, par ailleurs, rapidement respecter nos échéanciers en vendant la partie du lot qui est maintenant le 88 du chemin Senneville.

Ce fut une dispendieuse sortie de fonds qui nous a permis un fabuleux retour sur notre investissement, alors qu’encore aujourd’hui la plupart des ports du lac sont toujours enrochés et envasés.

Clément Monet.

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2017-10-26T18:35:31+00:00 mai 4th, 1987|Historique|0 Comments