Ayant décidé d’établir un club et vu que la majorité des membres fondateurs ne possédaient pas de bateaux à cette époque, la prochaine étape importante fut de choisir un modèle approprié. On opta finalement pour le «Graduate», un dériveur de 12 pieds et 6 pouces. Tous les membres s’entendirent pour en acheter un, et on en commanda 16 d’un chantier de bateaux établi à Lachine par l’Australien Bob Harris. Le devis britannique de ce bateau spécifiait que la coque devait être construite de contre-plaqué d’acajou de ¼ de pouce; le constructeur étant alors incapable d’en obtenir, il dut alors utiliser du contreplaqué de 3/16 de pouce. Ce qui rendit les bateaux pas mal plus légers et plus rapides que prévu, mais également plus fragiles. Un mât de 18 pieds, version course, fut également choisi et ne fit qu’augmenter la performance tout en rendant la manœuvre délicate si on voulait éviter le chavirage par gros temps. Néanmoins, on se rendit vite compte qu’un «Graduate» chaviré se redresse facilement, à condition de monter sur le bord en vitesse et de se tenir debout sur la dérive. Avec de la chance, on pouvait réussir le redressement en ne se mouillant pas au-dessus des genoux ! Les «Graduate» coûtaient 400$ l’unité non vernie; c’était, à l’époque, un bon achat.

La compétition voit le jour

Le club avait maintenant 16 bateaux identiques; les membres pouvaient donc s’adonner à la compétition par classe, sans se préoccuper des handicaps. Les régates se tenaient dans la baie de Vaudreuil et les départs, les arrivées et, en fait, presque tout le trajet des coureurs pouvaient s’observer depuis le club. Ceci ne manquait pas de soulever l’intérêt des membres et de leur famille pour ces régates.

Au cours des deux premières années, Sandy Stewart était l’homme à battre. Il avait participé à plusieurs compétitions à la voile lorsqu’il était à Yale et formait avec son fils Rory une excellente paire de régatiers. Ils gagnèrent le trophée Taylor-Bailey en 1959 et 1960 avant de déménager vers d’autres cieux. Les quatre premières années, ce trophée a été attribué à des régatiers sur «Graduate», mais, en 1963, le gagnant fut Tom Donald, sur un «Flying Junior». La vogue des bateaux plus grands et construits de fibre de verre était lancée.

Un autre bateau très populaire à l’époque était le «Flibustier», conçu et fabriqué en France, de bois ou de fibre de verre. On compta jusqu’à 4 de ces 16 pieds en même temps : les propriétaires étaient Bill Dawson, Arthur Tree, Bob Legge et Alastair Gordon-Ingram. Le Flibustier avait une coque planante de haute performance, donnant du fil à retordre aux autres coureurs. Il y eut un match mémorable entre Bill Dawson et Arthur Tree sur le lac des Deux-Montagnes, alors qu’il fallait briser l’égalité d’ex æquo entre ces deux excellents barreurs. C’est Bill Dawson qui finalement l’emporta et qui reçut le trophée Victor-Birks en 1962.

On compta aussi plusieurs «Maraudeurs» au cours des premières années du club. Ces quillards-dériveurs mesuraient 18 pieds, étaient dotés d’un petit abri et de deux couchettes. Ce mini-yacht était sécuritaire et confortable, mais peu utilisé pour la régate. Les «Shark», puis les «Tanzer 22» devinrent très populaires et finalement la flotte se diversifia, le nombre et la grosseur des bateaux ne cessant de croître jusqu’à nos jours.

http://www.go-sail.co.uk/graduate.asp