Étrange capitainerie

Bâtie en terrain inondable sur pilotis de béton de forme triangulaire et montée en porte-à-faux, c’est réellement une structure remarquable et adaptée à un club de voile. Il est intéressant de voir tous ces étais, ces cadènes et ces ridoirs de suspension et de rétention tout comme sur les gréements de nos voiliers, mais à des endroits différents. Comme toute bonne construction navale, cette charpente n’a pas remué d’une ligne et a su conserver une telle rigueur que même les fenêtres d’angle, qui forment joints de verre, n’ont pas cédée. La fondation de béton, malgré son installation sur remblai, n’a jamais cédé non plus; pas une fente, pas la moindre fissure.

Le plus étrange fut sans doute le balcon d’origine. On devrait plutôt dire le pont, tellement cette structure se voulait navale. En effet cet appendice, qui ressemblait à une passerelle pour atteindre l’entrée, était prolongé jusqu’au-dessus du port et ne reposait que sur une épontille de béton du côté opposé de deux petits supports d’acier. Pour le moins branlant, ce long pont suspendu n’était, d’aucune façon solide, rattaché au seuil de l’entrée et chaque mouvement d’une personne faisait osciller la structure. Trop « naval » pour les goûts de certaines compagnes et de la plupart des visiteurs, ce chef-d’œuvre fut éventuellement modifié pour y installer des piliers métalliques ajustables solides. Il faut dire aussi que la structure de bois commençait à montrer certaines faiblesses dues à l’âge du matériau exposé aux intempéries.

Après plusieurs années, le pont devint donc galerie solide, avec bancs face à face tout au long, ce qui était bon pour les rencontres et la conversation de l’après-voile, mais peu propice pour les dîners fins. De plus, il semblait évident que le remplacement de la structure devenait imminent. C’est Pierre Vézina, commodore en 1995, qui réussit à convaincre les membres du bien-fondé d’une aire de rencontre plus vaste et plus conviviale. Son conseil réussit à dénicher les montants nécessaires en raclant les fonds de tiroir et c’est Claude Lauzon, menuisier émérite et ancien membre, qui en fit l’érection, assisté de plusieurs membres.

Cette nouvelle aire de rencontre et de relaxation emmena bien d’autres changements à l’intérieur de la capitainerie à cause de l’achalandage de plus en plus grand. Les accessoires de cuisine durent être doublés grâce à la générosité des membres et des armoires plus spacieuses furent érigées par notre trésorier Jacques Dauphin, ébéniste à ses heures, pour faciliter le travail de préparation des repas. Des BBQ au gaz firent leur apparition, pour supplanter presque définitivement les anciennes formules au charbon, parce que plus rapides et surtout plus à la main.

Voici ce qu’en dit Pierre Vézina, commodore du temps :

Au mois d’août 1994, lors de la soirée Méchoui, un influent membre du Club, dont le seul défaut était d’être un peu trop pesant pour les équipements datant d’une trentaine d’années, passa son pied à travers une planche de la galerie. Heureusement pour lui et pour nous, il ne fut pas blessé et nous n’avons pas été poursuivis.

Il ne faisait plus aucun doute que nous devions réparer la galerie qui montrait des signes évidents de vieillissement ; d’autant plus que nous attendions des invités de marque c’est-à-dire les commodores des clubs de voile avoisinants qui seraient présents lors de la soirée Vin & Fromage prévue pour le mois d’octobre.

Nous avions l’option de remettre une planche neuve et attendre qu’un membre ou un invité finisse par descendre sans emprunter l’escalier… ou procéder à la rénovation de la galerie tout en préservant le plus possible l’architecture du bâtiment et l’environnement portuaire. Sans y réfléchir trop longuement nous avons opté pour la deuxième solution, d’autant plus que nous pouvions compter sur la compétence et le bénévolat de nos membres.

C’est ainsi que Claude Lauzon, menuisier de métier et navigateur à ses heures, fut consulté et mandaté pour entreprendre la construction d’un patio digne des membres du Club. L’exécutif croyait qu’il était opportun d’améliorer l’utilisation du chalet et de son environnement pour les goûts de notre temps et le trésorier de l’époque, Jacques Dauphin, nous assurait que nous avions les fonds nécessaires à la réalisation du projet.

La structure fut érigée en moins de deux semaines, grâce à la participation de plusieurs bénévoles notamment : Clément Monet, Jean Martin, Paul Lessard et André Guérin et elle fut terminée lors des journées d’opérations printanières qui suivirent. Mais un patio ce n’est pas une galerie et ça prend plus que des bancs pour l’habiller. Tony Petraccone fut mandaté pour négocier aux meilleurs coûts possible un mobilier de patio résistant et sans entretien qui semble durer encore. Quant à moi, j’ai négocié avec un commanditaire (NAYA) pour obtenir des parasols de table; item essentiel lors des journées ensoleillées.

En plus de recevoir les commentaires fort élogieux de nos membres et invités, il s’est avéré que la construction du patio a donné un nouveau souffle à la fréquentation du chalet et aux activités sociales. L’année suivante, nous avons d’ailleurs complété le projet avec la rénovation de la cuisine. Cette fois-ci, ce fut Jacques Dauphin qui en fut le maître d’œuvre assisté principalement d’André Guérin.

Il n’y a qu’un pas à franchir pour dire que finalement … c’était une planche de salut !!!

Pierre Vézina Commodore 1993-1994, 1994-1995.

2017-10-26T18:35:28+00:00 novembre 4th, 2015|Historique|0 Comments